En 2020, prioriser l’environnement sur le plan collectif

L’année 2019 s’est très mal terminée avec l’échec de la COP 25 en décembre à Madrid. Les chefs d’états n’ont pas réussi à s’entendre sur les moyens à mettre en œuvre pour réaliser les attentes minimales de la COP 21 de Paris. Pourtant plusieurs désastres environnementaux avaient marqué l’année 2019. Qu’on pense seulement aux ouragans, inondations, sécheresses et feux de forêt qui ont dévasté la planète. Qu’est-ce que ça prendra pour faire bouger les gouvernements?

Malgré ce pessimisme ambiant, en fin d’année, un signe d’espoir. Ce signe, il nous vient de la Nouvelle-Écosse, où le premier ministre Stephen McNeil, courageusement, menace de fermeture l’usine Northern Pulp qui pollue les eaux et qui, malgré de nombreux rappels, n’a pas corrigé la situation. Du côté du gouvernement, on fait le choix de l’environnement plutôt que celui de l’économie, malgré les centaines d’emplois en jeu. Bien sûr le premier ministre McNeil prévoit des mesures musclées pour aider à la relocalisation des travailleurs. Cette priorisation de l’environnement par rapport à l’économie, à une telle échelle, est une première au Canada disent les experts.

Cet exemple de la Nouvelle-Écosse devrait inspirer le gouvernement fédéral dans le dossier Trans Mountain. Plutôt que de doubler le pipeline, le gouvernement fédéral devrait encourager la diversification économique de l’Alberta et ce dès maintenant. Cette dernière province veut d’ailleurs toujours relancer de plus belle le développement des pipelines, du pétrole et du gaz. La province s’enfonce ainsi encore plus dans une économie du carbone. Tout cet argent ne serait-il pas mieux utilisé dans une planification et un développement diversifié de l’économie de la province. De plus, pourquoi n’affecterait-on pas une partie des recettes de l’exploitation du pétrole et du gaz au développement en général et, entre autres, à celui des énergies renouvelables en Alberta? Certains lancent d’ailleurs la pierre aux gouvernements passées en Alberta pour n’avoir pas créé des réserves alors que les affaires pétrolières roulaient bien.

Prioriser l’environnement, les gouvernements du Canada et du Québec ne devraient-ils pas le faire aussi dans le cas du projet de gaz naturel liquéfié (GNL) du nord de l’Alberta au Saguenay? Ce projet prévoit produire 7 millions de tonnes de GES lors de l’extraction du gaz de schiste par fracturation en Alberta. Pour justifier le projet, le gouvernement Legault fait miroiter des économies de GES de l’ordre de 25 millions de tonnes par le remplacement du charbon et du pétrole lors de la construction de centrale dans les pays utilisateur du GNL. Or l’utilisation du gaz par ces pays n’est pas la solution optimale. Il vaudrait mieux qu’ils optent dès maintenant pour des énergies renouvelables.

Il y aurait plusieurs autres domaines où on devrait prioriser l’environnement sur le plan collectif en 2020. Qu’on pense à l’abandon du projet de 3ième lien à Québec, à la nécessité de densification des villes et à la lutte à l’étalement urbain, à la nécessité de produire des objets durables et à combattre l’obsolescence programmée, à la généralisation de l’électrification des transports privés et publics, à la réduction de l’usage des plastiques, à la réduction des incitatifs à la surconsommation principalement en endiguant la publicité, à l’incitation à l’achat d’objets usagés plutôt que neufs, etc.

L’année 2020 devrait être celle de l’environnement. Tous les indicateurs sont au rouge. Il faut paniquer, nous dit Greta Tunberg. Le Canada ou le Québec sera-t-il le premier pays ou la première province au monde qui répondra : « présent » aux demandes de cette jeune écologiste maintenant reconnue mondialement? Le Canada et le Québec sont dans une position exceptionnellement favorable pour être des précurseurs à ce niveau. Le pays est riche, sa population est éduquée, il y a abondance de ressources et le système politique y est stable.

Alors que le monde se fragilise et que les conflits, à l’intérieur même des pays, se font de plus en plus nombreux et deviennent de plus en plus insolubles, les problèmes reliés à l’environnement viennent en ajouter une couche très inquiétante. Le Canada et le Québec sont en mesure de commencer à réduire le stress environnemental ambiant. Laisserons-nous passer cet appel exceptionnel à écrire courageusement une page d’histoire de l’humanité ?

Prioriser l’environnement en 2020, c’est peut-être notre dernière chance de créer un monde où il fait bon vivre.

Crédit photo Denise Karis sur Unsplash

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  1. François Champoux 8 janvier 2020 à 17 h 22 | | Répondre

    Bonjour M. Grenier,

    Toutes mes félicitations pour ce texte.

    Il y a des mentalités à faire évoluer et votre écrit nous le fait très bien ressentir.

    Quand je pense que les femmes n’avaient pas le droit de vote, je me dis qu’il faut absolument persévérer dans ce cheminement pénible pour faire évoluer nos élus.

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

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