Mélange estival

par Dominique Boisvert ~ 30 juillet 2010

Quatre semaines de silence « carnetier »…

Appelons cela des vacances de blogue, même si elles n’étaient pas planifiées! Quelqu’un s’est-il ennuyé de ces rendez-vous manqués? Peu probable, étant donné la nature assez aléatoire de la circulation et des rencontres sur la Toile… Mais qu’importe, je suis content d’être de retour pour ces partages hebdomadaires avec lecteurs et lectrices réguliers ou occasionnels. Merci d’être là.

Aujourd’hui, j’ai choisi de vagabonder au hasard des lectures récentes.

D’abord avec la « une » du Devoir de ce matin : « Incontestable, disent les scientifiques : la Terre se réchauffe. » Et juste au-dessus : « GES : la stratégie d’Ottawa n’aura aucun effet ». De quoi faire fondre toute l’insouciance des vacances d’été! Comment voir venir sereinement le danger (plusieurs scientifiques craignent plutôt la catastrophe) en constatant l’inaction navrante ou les politiques à courte vue de nos gouvernants? Comment dépasser le sentiment d’impuissance, mais aussi la tentation du repli sur son petit bonheur individuel ou familial? Et surtout, comment réagir suffisamment tôt et avec assez de vigueur pour éviter le sort de la grenouille cuite à petit feu?

Vous savez, cette image de la grenouille qui, si elle est plongée directement dans l’eau chaude ou bouillante, va avoir le réflexe de survie de sauter prestement hors du chaudron; mais qui, si elle est déjà dans un chaudron d’eau froide ou tiède qu’on fait chauffer peu à peu, va s’habituer graduellement à la chaleur jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour réagir et qu’elle n’ait plus la force de s’arracher à ce piège mortel… Allégorie qui traduit malheureusement tellement bien l’engourdissement progressif dans lequel nous plonge le monde de facilité et de complexité que nous procure la modernité.

Bien sûr, le pire n’est pas certain. Et il n’est de toutes façons pour nous pas encore pour demain. Bien que pour d’autres (les autochtones de l’Arctique, les insulaires du Pacifique, les populations nombreuses et démunies du Sud), les effets du réchauffement climatique, de la pollution atmosphérique ou de la crise économique sont déjà bien actuels et souvent dramatiques.

Mais oui, l’humanité a une longue histoire (on vient de découvrir que l’humain ne descend pas seulement de l’homo sapiens sapiens mais aussi de l’homme de Néanderthal), le climat a déjà connu bien des variations dramatiques et la Terre n’a pas besoin des humains pour survivre… Piètre consolation quand on pense à l’avenir de ses enfants et de ses petits-enfants. Ou mieux encore, comme on le fait chez les peuples autochtones, quand on pense, avant de faire nos choix, « aux sept générations à venir ».

D’un autre côté, une vision pessimiste ou catastrophiste de l’avenir n’est pas une invention récente! Si plusieurs s’inquiètent de l’avenir de la connaissance, de la culture ou de la langue avec l’explosion des moyens technologiques liés à l’informatique, il est peut-être utile de rappeler, comme le faisait Nicolas Dickner dans sa chronique du journal Voir d’hier, que Socrate lui-même, il y a 2500 ans, voyait dans l’apparition de l’écriture (qui opérait une rupture radicale avec la culture de l’oralité) un danger fatal pour la connaissance alors qu’elle s’est plutôt révélée un outil essentiel dans le développement et la transmission de celle-ci.

Et bien sûr, si les choses peuvent changer rapidement dans une société (il suffit de constater la transformation profonde des « valeurs » privilégiées par les jeunes, de la famille il y a 50 ans à la richesse matérielle et individuelle de nos jours; ou la place de la cigarette dans la société; ou celle des Églises, du Bloc soviétique ou de l’apartheid en Afrique du Sud), elles peuvent encore changer, et pas nécessairement toujours dans le même sens (le fameux « retour du balancier »).

En ce sens, malgré les tendances lourdes (il serait bien téméraire, de notre part, de continuer d’ignorer, comme le font encore trop de nos gouvernements, les menaces considérables que font peser sur notre planète notre volonté de croissance illimitée et notre dépendance encore très considérable aux énergies fossiles), l’avenir n’est pas joué d’avance. Il sera ce que nous en ferons, à notre échelle individuelle comme dans nos choix collectifs. À tous les niveaux, nous ne pouvons esquiver notre responsabilité, même si nous préférons souvent l’oublier. Comme le rappelle souvent Laure Waridel, nous votons mille fois chaque jour, dans chacun de nos choix. À nous de choisir!

Auroville, la ville idéale…

par Jean-Marc Brun ~ 27 juillet 2010

Auroville est située à une dizaine de kilomètres au nord de Pondichéry en Inde. Cette ville expérimentale a été créée le 28 février 1968 par la Mère, compagne spirituelle de Sri Aurobindo, philosophe indien. Auroville devait être « le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités »

Voici un document vidéo en trois parties sur le sujet.

Est-il possible d’imaginer une ville où la surproduction, le chômage, l’inflation et l’appât du gain seraient inconnus, où la capacité de consommer ne déterminerait pas la supériorité de certains citoyens sur les autres, où l’air et l’eau seraient libres de toute pollution, où l’activité politique ne serait pas une course au pouvoir, au prestige et au profit personnels, où l’on ne saurait que faire d’un appareil policier et judiciaire? Projet utopique, à première vue; pourtant, c’est ce que veut être Auroville!


Alors qu’elle dirigeait l’ashram de Shri Aurobindo, la Mère1 résumait ainsi le «rêve» du Maître en regard de l’avenir de l’humanité:«Il devrait y avoir quelque part sur terre un lieu qu’aucune nation ne pourrait revendiquer pour sa propriété exclusive, où tous les êtres humains de bonne volonté, sincères dans leur aspiration, pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la Suprême Vérité, un endroit de paix, de concorde, d’harmonie, où tous les instincts guerriers de l’homme pourraient être utilisés exclusivement pour conquérir les causes de ses souffrances et de ses misères, pour surmonter sa faiblesse et son ignorance, pour triompher de ses limitations et incapacités; un lieu où les besoins de l’esprit et le souci du progrès auraient préséance sur la satisfaction des désirs et des passions, sur la recherche des plaisirs et jouissances matérielles. En ce lieu, les enfants pourraient croître et se développer sans perdre contact avec leur âme«


Trois rencontres avec le capitalisme

par Dominique Boisvert ~ 3 juillet 2010

Je suis maintenant déménagé… mais pas sorti des boîtes! Et comme mon modem est encore dans l’une d’elles, mon texte hebdomadaire du vendredi sera posté… samedi!!! Merci de votre fidélité et de votre compréhension.

Cette semaine, je ne peux m’empêcher de vous partager mes trois rencontres avec le capitalisme. Eh oui! On peut le croiser tous les jours, le plus souvent sans même le remarquer tellement il fait partie du paysage! Mais cette semaine, il m’est tombé dessus trois fois, dans toute sa vérité et sa férocité : alors difficile de le manquer!

Permettez-moi d’être bref, et donc un peu court sur les nuances : mes boîtes m’attendent!

Première rencontre : la fin de semaine dernière, lors des manifestations à Toronto à l’occasion des Sommets du G8 et du G20. Manifestations largement pacifiques presque complètement occultées, dans l’actualité et les médias, par la « violence » des casseurs. Je suis un militant non violent et, je l’avoue, plein de préjugés contre ces « black blocs », anarchistes et autres jeunes venus exprimer leur rage anticapitaliste. Et il a fallu la réflexion de Francis Dupuis-Déri dans Le Devoir de lundi dernier pour m’ouvrir les yeux et me faire comprendre qu’à bien des égards, les véritables militantEs anticapitalistes se trouvaient davantage parmi les « violentEs » que je condamnais que parmi les « pacifiques » que je supportais. Sans compter que depuis lundi, les abus du capitalisme à l’égard de ces manifestations n’ont cessé d’apparaître : brutalité policière excessive, arrestations massives injustifiées, infiltration policière d’agents provocateurs, non respect des droits fondamentaux… tout cela au nom de la démocratie capitaliste! Qui sont donc les véritables « violents »? Avec l’adage, on ne peut s’empêcher de penser qu’ici encore, « la loi du plus fort est toujours la meilleure »!

Deuxième rencontre : mon déménagement d’hier, 1er juillet. Je réserve les services d’un déménageur reconnu : « 185 $ de l’heure pour deux hommes et un camion, assurances et garantie incluses », la loi de l’offre et de la demande oblige! Trois jours plus tard, les mêmes services se loueront 100 $ de moins. Mais le capitalisme véritable n’est pas là. Il est plutôt dans le salaire horaire des deux hommes (12 $), celui de la répartitrice et responsable au bureau (9,50 $), ce qui, même avec le camion et les assurances, laisse une jolie marge de profit permettant au propriétaire de passer le 1er juillet… à Cuba! Comme le dit si bien l’adage, « c’est avec de l’argent qu’on fait de l’argent », ou encore « on ne prête qu’aux riches ». Les déménageurs, souvent jeunes et recrutés comme surnuméraires pour la période de rush du 1er juillet, se défoncent (de 7 h à 1 h, soit 18 heures d’affilée le 30 juin!) en risquant sans cesse de se briser le dos : ce sont eux qui, par leur sueur, génèrent la « manne » dont s’enrichissent les entrepreneurs pendant que, pour leur fatigue, ils ne ramassent que les miettes.

Troisième rencontre : je vais au cinéma Beaubien, avec ma compagne, me reposer un peu du déménagement en allant voir « Le Concert » qui sort justement ce soir sur les écrans. Arrivé au guichet, surprise! : le film ne peut pas être présenté, ni au Beaubien ni nulle part ailleurs au Québec. Les distributeurs américains, qui ont acheté ce film européen pour la diffusion aux États-Unis, ont inclus dans le contrat une clause qui leur permet d’empêcher tout distributeur québécois (qui a pourtant lui-même acheté les droits de diffusion en français pour le Québec) de présenter le film ne fût-ce que quelques jours avant eux! En dépit de tous les efforts du producteur du film (qui a vendu les droits de distribution aussi bien aux Américains qu’aux Québécois), aucun compromis n’est possible. Malgré toute la campagne de promotion déjà faite et l’annonce publique de la sortie en salle le 2 juillet, la projection du film devra être annulée à travers le Québec en attendant la sortie américaine prévue… au début d’août! Comme le dit encore l’adage, « au plus fort la poche »!

Capitalisme et SV sont fondamentalement antinomiques. Ça n’exclut pas les (nombreuses) contradictions personnelles des simplicitaires. Pas plus que ça ne fait des personnes capitalistes de mauvaises personnes! Mais le capitalisme, comme système économique et comme moteur de notre société de croissance illimitée, repose sur l’exploitation du travail d’autrui, sur la concurrence et sur la propriété privée des moyens de production. Trois caractéristiques qui vont à l’encontre des valeurs de la SV, de la construction de la communauté humaine et de la survie de la planète.

Jusqu’à quand pourrai-je encore profiter du capitalisme sans entrer, moi aussi, en résistance ou en rébellion?

Je déménage!

par Dominique Boisvert ~ 25 juin 2010

Pas le temps des longues réflexions! Je vous reviens très bientôt…

ZAZ – Je veux

par Jean-Marc Brun ~ 21 juin 2010

Artiste française, native de Tours, dans le centre de la France,  ZAZ est le surnom que ses amis lui donnent.

Site officiel de Zaz

Manger pour vivre ou vivre pour manger?

par Dominique Boisvert ~ 18 juin 2010

Je viens de faire un jeûne d’une semaine par choix. Pour nettoyer le corps et reposer l’esprit. Prendre un peu de recul et faire le point, avant la prochaine étape. Une journée de transition alimentaire, cinq journées sans rien prendre d’autre que du liquide, puis deux journées de reprise alimentaire graduelle. C’était ma quatrième expérience depuis une quinzaine d’années : toujours aussi concluante.

Précisons : le jeûne n’est aucunement une forme de SV et celle-ci ne demande à personne de se priver de nourriture! Le jeûne est une expérience bien distincte, dont certaines dimensions peuvent rejoindre des aspects de la SV (comme l’utilité de prendre du recul, la réflexion sur les rapports entre besoins et désirs, sur ce qui est « assez » pour chacunE, etc.), et qui peut être vécu pour des raisons diverses : thérapeutiques, spirituelles, hygiéniques, etc.

Mais ma réflexion d’aujourd’hui ne vise pas à étudier ou à promouvoir le jeûne (sinon pour confirmer que la chose est bien possible, et davantage à la portée de tous qu’on le croit généralement: voir le petit livre de Hellmut Lützner, Bien jeûner, Vivre mieux, Éd. Vigot, 2002, 101 p.) mais plutôt à partager certaines prises de conscience que l’expérience m’a fait vivre.

Première constatation : on peut vivre (et fonctionner normalement) en mangeant infiniment moins qu’on le fait généralement. J’ai été surpris, comme chaque fois, d’avoir autant d’énergie (sans rien manger de solide) qu’en période d’alimentation normale. Il faut dire qu’envrion 30 % de l’énergie qu’on tire de l’alimentation sert à… la digestion!

Autre prise de conscience : chacunE n’a sans doute pas nécessairement besoin de ses « trois repas par jour » tels qu’on les pratique dans nos sociétés d’abondance, de toute la variété, la cuisson ou les condiments qu’on y met. Sans parler de la quantité ingurgitée! Il semble bien qu’on puisse être en forme et en excellente santé avec une alimentation fort différente de celle que l’on pratique généralement.

Au fond, la prise de conscience la plus importante a peut-être été de me rendre compte que notre alimentation répond à des besoins autant (sinon même davantage) psychologiques que physiologiques : besoins relationnels (rituels des repas, rencontres de famille ou d’amis), besoin de créativité (comment apprêter les éléments de base, exploration culinaire, recettes, chefs), besoin de beauté (disposition des plats, décoration de la table), besoin de donner et de prendre du plaisir (saveurs, odeurs, assaisonnements), besoin de solidarité (donner et partager avec ses proches, la mère de famille – excusez le sexisme – qui traite bien les siens; c’est aussi le sens du partage du pain et du vin chez les chrétiens), besoin de variété (pour briser la routine ou pour suivre le Guide alimentaire canadien!) et besoin de compensation (souvent l’un des besoins les plus importants : pour compenser l’ennui, la colère, la frustration, l’énervement, le stress, l’envie, la dépression, etc.). Compensation qui s’exprime souvent dans la boulimie, l’abus d’alcool et autres formes de dépendance alimentaire.

Et que notre alimentation dépend au moins autant (sinon plus) de considérations économiques que de besoins physiologiques : ce que nous mangeons, tout comme ce que nous avons « le goût de manger » dépend très largement de ce que l’on nous a présenté comme désirable, aussi bien à travers les innombrables publicités alimentaires qu’à travers les si nombreuses et populaires « émissions de
cuisine », et de ce qui nous est rendu le plus facilement accessible (par la disponibilité dans les supermarchés et par les bas prix de certains produits). Toutes choses qui répondent essentiellement à des impératifs économiques (nourriture déjà préparée, agriculture industrielle, subventions agricoles, concentration des industries agro-alimentaires, importance des ajouts en sucre et en sel qui créent des effets de dépendance un peu comme la nicotine dans les cigarettes, etc.).

L’un des principaux bénéfices d’un jeûne librement choisi, c’est de « remettre les compteurs à zéro ». De nous inviter tout naturellement à découvrir (et, si nous le voulons bien, à re-choisir) ce dont nous avons vraiment besoin en matière alimentaire. De re-découvrir le goût incomparable d’une seule gorgée de jus ou de la première cuillerée de soupe, quand on prend le temps de la déguster comme si elle était la seule, plutôt que de l’enfouir sous l’accumulation de ce que l’on ingurgite. De retrouver le plaisir des bonheurs simples.

Avec une reconnaissance renouvelée pour cette vie – cette Vie – qui nous est donnée, à chaque jour, chaque bouchée, chaque gorgée…

Je veux, je ne veux plus me souvenir…

par Jean-Marc Brun ~ 15 juin 2010


Chanson : Torrey Canyon – album Initials B.B de  Serge Gainsbourg – (1967)

Images du film Bande à part de Jean-Luc Godard (1964)

L’échouement du Torrey Canyon fut l’une des fortunes de mer les plus célèbres du XXe siècle, à l’origine d’une catastrophe écologique majeure et sans précédent dans l’histoire du transport maritime. Cet événement fut à la base d’une prise de conscience, par les populations européennes, du fait qu’une telle catastrophe puisse toucher leurs côtes.

Le 18 mars 1967, le pétrolier nommé « Torrey Canyon », enregistré au Libéria affrété par la British Petroleum, et chargé de 120 000 tonnes de brut, s’échoue entre les îles Sorlingues et la côte britannique. Il se révélera plus tard que certains des dispersants utilisés pour la lutte étaient plus toxiques que le pétrole comme tel.

Cet accident fait découvrir à l’Europe un risque qui avait été négligé. Il donne naissance aux premiers éléments des politiques française, britannique et européenne de prévention et de lutte contre les grandes marées noires.

Source : Wikipédia

Sport ou spectacle?

par Dominique Boisvert ~ 11 juin 2010

Difficile de laisser passer l’occasion! Aujourd’hui, 11 juin, marque à la fois le début de la Coupe du monde de football 2010, organisée pour la première fois de l’histoire sur le continent africain, et la première journée du Grand Prix automobile de Formule 1 rapatrié à Montréal après quelques années d’intenses pressions.

Essayons d’être bref, au risque de sacrifier les nuances.

Le sport : « ensemble des exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, pouvant donner lieu à des compétitions et pratiqués en observant certaines règles » (Petit Larousse).

La SV favorise le sport, à la fois pour l’exercice physique (bon pour la santé), pour ses dimensions participative (être des acteurs de sa vie), collective (toute compétition suppose au moins un partenaire) et ludique (la SV est favorable au bonheur).

Mais la SV conteste radicalement les Grands Prix de Formule 1 qui ne sont, depuis longtemps, plus un sport mais un spectacle. Non seulement symbole de pollution (bruit, gaz à effet de serre, etc.) mais de total gaspillage (pétrole, fortunes englouties par les écuries de course, etc.). Idolâtrie de l’un des veaux d’or de notre époque (l’automobile).

Si les compétitions de Formule 1 ont pu, pendant un temps, prétendre contribuer à la recherche et au développement d’améliorations applicables ensuite aux automobiles ordinaires, ce n’est plus le cas depuis plusieurs années. C’est l’expert auto Jacques Duval qui l’affirmait à la radio il y a dix jours, ajoutant que ce pourrait être à nouveau le cas si la Formule 1 passait au moteur électrique.

Quant aux fameuses « retombées économiques » qui ont justifié tous les efforts pour ramener le Grand Prix à Montréal, elles n’empêchent pas que cette activité touristique soit en parfaite contradiction avec les intentions proclamées de l’administration municipale en matière de transport et de qualité de vie urbaine : le Grand Prix fait peut-être « rouler l’argent » mais n’améliore certainement en rien la participation sportive de la population.

De son côté, la Coupe du monde de football (le fameux « Mundial ») est un événement sportif beaucoup plus complexe. Suite »

Le coût de l’énergie

par Dominique Boisvert ~ 4 juin 2010

Nous ne pouvons ou ne voulons pas nous passer d’une automobile. Nous acceptons de moins en moins de vivre sans climatisation. Nous possédons un nombre grandissant d’appareils électroniques qui restent branchés ou allumés en permanence (même quand il ne s’agit que d’une « veilleuse » ou de l’horloge électronique). Nous consommons de plus en plus d’eau embouteillée, de vêtements synthétiques et de médicaments.

« Nous », au Québec, en Amérique du Nord, dans les pays occidentaux. Mais aussi « eux », Suite »

« Je refuse de me faire appeler consommateur »

par Christiane Dumont ~ 1 juin 2010

« Je refuse de me faire appeler consommateur et revendique mon statut d’être humain, en quête de son propre accomplissement ». C’est en ces termes que s’est exprimé Pierre Rabhi lors d’une conférence qu’il a donnée à l’auditorium du Jardin botanique le 28 avril dernier.

Né dans une oasis du sud de l’Algérie, mais confié à cinq ans, à la mort de sa mère, à un couple d’instituteurs français pour qu’il puisse être scolarisé, Pierre Rabhi émigre en France à la fin des années 50 où il se fait d’abord ouvrier spécialisé, condition qu’il cherche à fuir en s’installant en Ardèche. Il y suit une formation en agriculture et commence, malgré de maigres  moyens, à se livrer à l’agriculture biodynamique avec sa compagne. Il est aujourd’hui reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. À 72 ans, il vient de publier Vers la Sobriété Heureuse et continue  d’ensemencer les consciences, fidèle à lui-même et à son engagement de toute une vie.

Au sujet de la consommation, Pierre Rabhi dira qu’elle fait de nous d’éternels insatisfaits, des  pilleurs d’avenir, car « ce qui détruit la planète, ce n’est pas l’indispensable, mais le superflu! » Et l’ivresse de la consommation a pour corollaire l’exaltation de la productivité – ce qui le révolte - tout comme le fait que la finance a prépondérance absolue sur la vie.

Si Pierre Rabhi décrit notre monde comme étant plein de tristesse et de souffrance, il appelle du même souffle à l’insurrection des consciences, et nous invite à nous demander  comment incarner le changement que nous voulons, en évitant surtout de sombrer dans l’intolérance, dans l’enfer écologique. Pour lui, il nous faut privilégier la décroissance programmée et ordonnée et non pas la violence.

La fin du pétrole annonce la fin prochaine de l’agriculture industrielle. Comment survivrons-nous? Constatons d’abord que les villes ne participent pas à la production de nourriture. Elles drainent sans produire.  Par ailleurs, l’agriculture moderne est dispendieuse. Elle pollue l’eau, appauvrit les sols. Il faut deux ou trois tonnes de pétrole pour produire une tonne d’engrais, 10 kilos de céréales pour produire un kilo de viande. En revanche l’agriculture bio est fondée sur la science. Très performante en zone aride, elle épargne le patrimoine et a des effets positifs sur la santé. Pierre Rabhi peut en témoigner, lui qui a rendu à la vie la terre pauvre dont il s’était porté acquéreur.

« Cultiver son jardin est un acte de résistance »

Ce qui l’amène tout d’abord à favoriser la reconquête d’une agriculture autonome, principe fondateur de « notre révolution ». En quelque sorte, faire son jardin, se nourrir soi-même, constitue un acte de résistance.  De plus, comme la terre fertile, c’est 25 cm de sol sur 10 % des terres immergées, il faut la soustraire à la spéculation (tout comme l’eau) et en constituer légalement un bien inaliénable. Enfin, il faut jeter des passerelles entre producteurs et urbains.

Pierre Rabhi est porteur d’espoir. Selon lui, déjà nous avons entamé la transition vers cette nouvelle société que nous sommes appelés à définir. Il suffit pour cela de constater l’effervescence actuelle, alimentée d’utopies. D’ailleurs, il définit l’utopie comme une « transgression qui nous permet de nous projeter dans une intuition ».

Pierre Rabhi fut le premier invité des Muséums nature de Montréal, qui organisent une série de grandes rencontres avec des personnalités dont le regard particulier contribue à faire évoluer notre relation à la nature et à autrui.