Simplicité volontaire, information et culture

J’ai le goût de vous parler du défi que je rencontre: comment gérer mes rapports avec l’ordinateur, la télévision, la radio et les journaux? Suis-je le seul à avoir des problèmes avec cela? D’après ce que j’entends et je lis, il ne semble pas…

Bien sûr, j’écris dans ce blogue, et forcément avec un ordinateur! Et pourtant, j’ai des réserves et des craintes importantes face à tout cet univers informatique qui envahit de plus en plus nos vies. Je n’en dirai pas plus ici: si le sujet vous intéresse, allez lire les trois articles que j’ai consacrés au sujet dans le récent bulletin Simpli-Cité portant sur les « Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ».

Mais justement parce que j’écris dans ce blogue, j’y consacre souvent plus de temps que j’aimerais (par exemple, pour trouver les illustrations, régler des problèmes de mise en page, ou simplement pour « me battre » avec le logiciel qui ne fait pas ce qu’il devrait normalement faire). Mais aussi je dois suivre les commentaires qu’on reçoit. Et mon amour-propre n’arrive pas à être indifférent au nombre « d’abonnés » qui s’intéressent au blogue, ou au nombre de commentaires qui arrivent… ou qui n’arrivent pas! Bref, ce simple exercice d’écriture et de communication m’entraîne souvent bien plus loin que souhaité.

Je suis curieux de nature, et presque tout m’intéresse: donc les possibilités sont infinies! Le journal (version papier) a l’avantage d’être limité: il a tant de pages et beaucoup de publicité. On peut donc en venir à bout, plus ou moins rapidement selon l’épaisseur du journal.

Déjà, la radio et la télévision sont plus exigeants, car ils offrent de très nombreuses options (chaînes ou stations, spécialisées ou non) et elles fonctionnent 24 heures par jour. Avec la radio, on peut toujours faire autre chose en même temps (avec l’inconvénient qu’elle devient une sorte de « fond sonore » et qu’on peut difficilement être « pleinement présent » à plus d’une chose à la fois, si on valorise la « pleine conscience » que nous recommande la tradition bouddhiste). Mais avec la télévision, toute notre attention est monopolisée par la « boîte à images »… et à publicité!

Mais l’ordinateur, lui, est le champion des avantages et des inconvénients. Il offre un accès illimité à tous les contenus et en tout temps. Les seules limites sont imposées par votre temps disponible, les logiciels de « contrôle parental » pour certains jeunes, et votre contrat avec votre serveur. Avec, en prime, un fonctionnement par hyperliens (qui nous renvoie sans fin d’un sujet à un autre, potentiellement tous plus intéressants les uns que les autres) et une facilité et une rapidité d’accès (quand notre ordinateur ne « plante » pas!) qui favorisent grandement un processus de dépendance.

Je ne sais pas si cela vous arrive, mais personnellement il est très fréquent que j’aille à l’ordinateur pour quelque chose de précis… et que je me retrouve toujours devant mon ordinateur plusieurs minutes (voire parfois plus d’une heure) plus tard, en ayant fait plein d’autres choses que le seul objectif initial. Même chose lorsque je « prends mes courriels »: non seulement je prends souvent le temps de parcourir ou de lire ce qu’on m’envoie mais cela me conduit très souvent à répondre à certains sur le champ, à aller consulter autre chose, à me faire bifurquer vers une activité non prévue, etc.

Voir http://patriceleroux.blogspot.com/2010/11/le-curateur-de-contenu-emploi-davenir.html

Bref, tous ces moyens d’information et de communication, très utiles en soi et qui ont, chacun, constitué des progrès technologiques importants pour l’humanité (de l’invention de l’imprimerie à la maîtrise des ondes, puis de l’informatique), sont devenus peu à peu pour moi davantage des maîtres que des serviteurs. Je leur consacre nettement plus d’heures chaque jour que je le souhaiterais (je suis retraité). Et honnêtement, je dois reconnaître chez moi certains comportements compulsifs (écouter les bulletins de nouvelles ou aller consulter mes courriels plusieurs fois par jour, à titre d’exemples). Quand je constate le temps passé chaque jour devant mon écran d’ordinateur (pour le travail, la militance et les contacts essentiellement, car j’utilise très peu l’ordinateur pour les journaux, les émissions de télé ou pour des jeux), je réalise à quel point je suis devenu dépendant de cet outil.

Alors…

Alors la simplicité volontaire peut-elle m’aider? Eh bien oui. Je dois moi aussi revenir aux bases de la simplicité volontaire et apprendre à me demander, chaque fois, comme je conseille aux autres de le faire avant chacun de leurs achats: « en ai-je vraiment besoin? »

Car si la simplicité volontaire semble s’appliquer d’abord à la (sur)consommation matérielle, je sais par expérience qu’elle doit s’appliquer tout autant aux autres formes de (sur)consommation: intellectuelle, culturelle, spirituelle, relationnelle, etc. Il y a peu de domaines où on ne puisse abuser en mettant l’accent sur l’accumulation ou sur la quantité, au détriment de la qualité et du moment présent.

Je n’ai personnellement aucune difficulté à vivre avec peu d’argent et peu de biens matériels. Mais j’ai beaucoup de difficulté à vivre avec peu de livres, peu d’information, peu de films, de musique ou de théâtre. J’ai autant de difficulté à me contenter du « ASSEZ » dans le domaine intellectuel ou culturel que d’autres en ont à se contenter du « ASSEZ » au niveau de leurs revenus, de leurs vacances ou de leurs biens matériels.

Or à tous ces niveaux, on peut toujours avoir plus, désirer plus, rêver plus. Comme le disait Aristote il y a 2500 ans, « les désirs humains sont insatiables ». Et il n’y a aucune autre réponse à cela que l’effort personnel pour développer l’art du contentement et de la gratitude pour ce qui nous est donné. Apprendre à goûter pleinement l’instant présent, à voir la moitié pleine du verre plutôt que sa moitié vide, à faire confiance à la vie pour demain, et à remercier pour ce qui est et ce qu’on a. Apprendre à accepter ses limites, personnelles et collectives: même « en étirant l’élastique le plus possible », on ne vivra toujours qu’une seule vie, et on ne pourra jamais tout savoir, tout voir, tout vivre ce qu’on aurait aimé ou ce dont on aurait rêvé.

Devant les innombrables attraits et possibles quotidiens du journal, de la radio, de la télé et surtout de mon ordinateur, je dois donc apprendre, au jour le jour, à me demander « en ai-je vraiment besoin? » Et à vérifier jusqu’à quel point tels ou tels activité, lecture, recherche ou visionnement, aussi désirables soient-ils, me rendent vraiment plus heureux.

« C’est la grâce que je me souhaite! »  🙂

Et vous?…

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10 réponses

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  1. Réjean Jetté 28 mars 2012 à 19 h 46 | | Répondre

    grâce aux postes publiques à la bibliothèque Mercier , j’ai pu lire ce texte , ainsi que que le bulletin été et automne 2011 et les trois articles sur les NTIC bonnes ou pas pour l’humanité , la simplicité volontaire et RQSV , moi qui a connu les BBS du temps de fidonet , je suis proche de dire à quand le « Get Together » ? et qui a participé à quelques soirées sur la rue Lescarbot , je me souviens pas y avoir croisé , Dominique Boisvert , dommage 🙁 ,

    je dois poser l’heure de fermeture approche à grand pas

    19h46 HAE Réjean

  2. Joel Jobin 14 mars 2012 à 11 h 33 | | Répondre

    Bonjour,

    Merci Dominique d’avoir initié cette réflexion. Je voudrais simplement dire que depuis 5 ou 6 ans, je ne suis pas allé sur Facebook parce qu’il y avait des risques de brisures de la confidentialité. En plus, je ne croyais pas à ce moyen de parler avec 200 amis. A force de parler toujours sur Facebook, le côté humain et réel en personne, à mon avis se perd. Or, je sais la révolution et le printemps arabe est arrivé grâce aux réseaux sociaux et je me retrouve assez isolé en me distançant des technologies de l’information. Aujourd’hui, j’essaie de m’en servir pour créer des contacts avec des organismes comme le vôtre qui luttent pour un monde différent. Or, je maintiens le contact humain…comme le mode privilégié. Modération a meilleur goût pour l’Internet par contre, car il y a quelque chose qui se perd au niveau du tissu social avec l’utilisation des i-pods, des cellulaires.

    Car, tous les cellulaires sont fabriqués, comme vous le savez, sur l’exploitation des minérais au Congo qui connaît depuis 1998, un génocide silencieux de plus de 4-5 millions de morts! Qui le savait?

  3. Rob 13 mars 2012 à 15 h 59 | | Répondre

    Merci pour cette article.
    J’ai eu exactement la même réflexion à ce sujet il y a quelque temps de cela. Au-delà du fin questionnement « en-ai je besoin ? », je placerais volontiers la question « qu’est-ce que je peux en faire? »
    Je ne pense pas que de se couper de toute information est utile et nécessaire. Internet est un bel outil de connaissance à utiliser néanmoins avec parcimonie, sagesse et lenteur.
    Je privilégie de plus en plus l’approche du « moins, mais mieux  »
    Exercice intellectuelle et critique sur l’information que je reçois en essayant de juger de la valeur, de me poser des questions, de regrouper cela avec d’autres fils d’information, de prendre des notes, de voir si cela correspond à ma réalité de tous les jours, de discerner les points que j’approuve, que je désapprouve catégoriquement.
    Je recherche également à en faire profiter les autres en leur énonçant non pas l’information en elle-même, mais mon analyse, de connaître leur point de vue, de débattre. Et cela non pas que sur les journaux, mais sur les films, la musique, etc..
    Je suis toujours effaré d’entendre des gens répéter bêtement des chiffres (la dette, le salaire, le taux d’imposition, le nombre de victimes) sans interprétation personnelle. Les statistiques, on le sait, sont souvent trompeuses tant dans leur mise en application que leur interprétation.
    J’aimerais entendre plus souvent des points de vue objectifs et surtout un brin de nouveauté dans ce verbiage incessant. Le rabâchage bête et vulgaire est souvent de mise.
    Au lieu de me goinfrer, je mâche et je joue avec mes sens lentement. Je laisse diffuser les saveurs dans mon corps.
    Essayez, ce bol d’air est remarquable.

  4. Marthe Leclerc 13 février 2012 à 10 h 05 | | Répondre

    Bonne réflexion d’autant plus qu’on nous sollicite de plus en plus à faire plusieurs choses à la fois dans les médias. Les études sur le stress et l’efficacité nous prouvent que c’est une illusion que de croire que nous sommes plus efficace en réalisant de multi-tâches.
    Un livre: «Les savoirs inutiles »nous entraîne dans une réflexion sur les médias , j’essaie de me le procurer.
    Enfin un site intéressant sur le stress : «Mammouth magasine» réfléchit sur ce sujet.Il y a tout de même des sites fort pertinents découvrir ….
    Mais là comme je recule mon échéance pour faire du sport …je vous quitte avant de passer outre face à l’essentiel….à cause de l’ordinateur.

  5. Josée Grignon 10 février 2012 à 22 h 05 | | Répondre

    Je me reconnais dans cette surconsommation intellectuelle, surtout en regard de l’ordinateur. Au début j’ai remplacé la télé le soir par la navigation sur internet. Puis j’ai pris l’habitude de prendre mes courriels en journée. Le problème n’est pas de consulter plus souvent mon ordi, mais d’avoir de la difficulté à m’en extirper. Je suis abonnée à quelques blogues et listes de diffusion, et de liens en liens je me retrouve encore assise devant mon ordinateur deux heures plus tard….

    Et il y a le travail de mise à jour du site web du GSVQ. Je trouve intéressant et important de le faire mais n’ayant pas de formation en informatique, c’est toujours un peu plus long que prévu. (Une p’tite pub en passant: le 28 février à Québec, cercle de discussion sur le Mouvement Villes en Transition, voir : http://www.gsvq.org/)

    Le problème est en est un de gestion du temps. Si l’ordinateur nous sauve parfois du temps et des déplacements, le plus souvent il bouffe notre temps libre. Depuis hier, je suis ton conseil et alors que je butine de fleurs en fleurs (de liens en liens! ) je me pose la question: ai-je besoin de ce surplus d’information? Souhaitons que ça devienne une habitude !

  6. Jocelyne Pigeon 9 février 2012 à 13 h 25 | | Répondre

    J’ai l’impression que vous avez écrit pour moi ! J’ai le même dilemme à savoir où trouver du temps de libre pour faire tout ce que j’aimerais faire ? Je sais, c’est sur le temps important que je passe devant l’ordi, mais d’un autre côté, j’apprends tellement avec cet outil. A réfléchir …

  7. Anne-Renaud 9 février 2012 à 13 h 24 | | Répondre

    Le nécessaire n’est pas toujours là ou il semble évident.

    Vous parler de votre insatiable désir de culture et de lecture. Moi c’est la musique. En jouer ne me coûte rien et me demande très peu de matériel. Une flûte de base (certes, il y en a de meilleures marques qui me font rêver) un enseignant, quelques feuilles de papier. Par contre, malgré un désir de simplicité, l’achat de CD de musique est un domaine pour lequel je n’arrive pas à me restreindre.

    Suis-je à côté d’une vraie simplicité? Est-ce que de choisir un domaine dans lequel je ne remets pas ma consommation en question fait de moi une fausse simplicitaire? Parce que vraiment, la musique j’ai l’impression qu’elle m’est nécessaire!!

    Je ne me torture pas lorsque je décide de prendre des cours, mais à chaque achat de CD la question me hante…. Comment pourrais-je consommer de la musique sans consommer?! (et sans téléchargement illégal!!!!)

    Je n’ai pas trouvé ma réponse encore.

    1. margot 22 novembre 2014 à 11 h 35 | | Répondre

      Bonjour,

      Il y a une solution pour cela, en Belgique, nous avons des médiathèques, c’est l’équivalent des bibliothèques où vous pouvez louer des cd ou des dvd à petit prix sans devoir les acheter. C’est très pratique.

  8. CEYLAN 9 février 2012 à 12 h 48 | | Répondre

    Ah …. ce sevrage ! Oui, parce que je crois que l’on peut vraiment parler de sevrage quant aux livres et à Internet …. J’ai bien cru que je ne pourrais jamais me passer de certaines revues qui me semblaient indispensables, d’aller consulter Internet comme vous, plusieurs fois par jour.

    Et puis, au fil de vacances sans ordinateur, je me suis aperçue que j’avais finalement beaucoup plus de temps disponible pour me consacrer à d’autres choses manuelles notamment.

    Du coup, à la rentrée, j’ai essayé de me limiter, de ne plus acheter de journaux (lorsque je me suis aperçue de la somme dépensée au total, j’ai réalisé que je pouvais m’acheter plutôt un ou deux livres qui eux, ont le mérite d’aller au fond des choses, plutôt que de les effleurer). Au bout de 3 mois, le bilan a été …. que cela ne me manquait pas !

    J’avais privilégié des temps de méditation, de relationnel plus virtuel, mais réel, choisi avec soin (voire parcimonie) mes achats de livres. Quel bonheur ! plus de journaux qui traînaient en attente de découpage d’article intéressant, de choses à jeter …

    Je crois que nous sommes passés dans une société de la sur-information dans laquelle nous sommes dans une course effrénée. Comme si l’on allait passer à côté de choses que nous ne connaissons pas … encore. Mais il nous faudrait mille vies pour tout connaître et savoir. C’est le sel de la vie que de savoir qu’au détour d’une page, d’une rencontre, on va sans doute apprendre quelque chose. Mais pourquoi ne pas nous laisser surprendre agréablement, plutôt que de provoquer ces découvertes ? On est saturés très souvent d’infos dont on sait très bien qu’une grande partie sera obsolète la semaine suivante.

    En fait, on est réellement dans une société de consommation, à tous les niveaux comme vous l’indiquez.

    Peut-être plus que « en ai-je vraiment besoin ? », je me demande si la question en serait pas plutôt « pourquoi en ai-je besoin ? » … Remplir des moments que l’on pourrait laisser s’écouler paisiblement, en rêvant, je crois que c’est aussi (voire peut-être plus) indispensable que de tourner un bouton ou des pages …

  9. Jacques Fournier 9 février 2012 à 11 h 34 | | Répondre

    Bravo Dominique. Réflexion très pertinente. Je me retrouve pleinement dans tes propos.

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

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