Profitez maintenant, payez plus tard!

Profitez maintenant, payez plus tardLe texte de  Jean-François Boisvert (« So far, so good »), publié la semaine dernière sur le blogue commun Wô les moteurs, m’a directement inspiré mon texte d’aujourd’hui. Pourquoi donc, se demandait Jean-François, n’agissons-nous pas davantage pour contrer les périls pourtant évidents des changements climatiques?

Parce que l’être humain actuel n’arrive plus à se projeter dans le futur et à privilégier ses intérêts à venir au détriment de son intérêt immédiat : même quand ses intérêts futurs (à risquer de perdre) sont plus importants que son intérêt immédiat (à goûter de façon certaine). Bref, comme le dit si bien l’adage, « Un “tiens!” vaut mieux que deux “tu l’auras” ».

Une expérience universitaire vient de le démontrer de manière empirique… et ludique! Des chercheurs américains, canadiens et allemands ont construit un jeu de simulation dans lequel les participantEs se voyaient donner un montant d’argent et avaient la possibilité, s’ils « gagnaient collectivement la partie », d’en obtenir encore davantage (de l’argent réel, qu’ils gardaient pour vrai!). Le jeu (dont on peut lire ici la description détaillée) consistait à investir ou non, et de manière anonyme, une partie de l’argent reçu dans un fonds commun destiné à combattre les changements climatiques. Si après dix « rondes » (rappelant symboliquement les rondes de négociations internationales pour lutter contre les changements climatiques), les joueurs avaient contribué au fonds commun l’équivalent (ou plus) de 50% de l’argent qu’on leur avait donné, le groupe avait gagné et chaque joueur obtenait la récompense, soit un montant d’argent supérieur au montant initialement reçu.

Et c’est là que l’expérience devient intéressante. Les diverses équipes de 6 joueurs étaient confrontées à trois situations différentes : dans la première, les joueurs touchaient leur récompense (si leur équipe avait « gagné ») dès le lendemain de la partie; dans la seconde, ils la touchaient sept semaines après le jeu; et dans la troisième, les joueurs ne touchaient pas personnellement leur récompense mais celle-ci était donnée, en leur nom, pour planter des arbres et faire profiter la génération de leurs enfants de la « victoire » de leurs parents.

Les résultats furent probants : avec une récompense immédiate, 7 équipes sur 10 réussirent à gagner; avec une récompense différée, mais encore personnelle, 4 équipes sur 11 réussirent à « vaincre les changements climatiques »; et avec une récompense future et collective, AUCUNE équipe sur 11 ne réussit à relever le défi avec succès!

Bref, plus la récompense est personnelle et immédiate, plus on est prêt à faire un effort pour l’obtenir. Et moins elle est immédiate et personnelle, moins on est prêt à contribuer maintenant pour un éventuel profit futur ou, pire encore, collectif! Faut-il s’en étonner dans une société dont le mode de vie est devenu « Achetez maintenant, payez plus tard! »?

On pourrait croire que l’être humain a toujours fonctionné ainsi depuis la nuit des temps. Or ce n’est PAS le cas. Non seulement il a toujours existé des peuples et des cultures où les intérêts du groupe et de la collectivité priment davantage que les intérêts individuels, mais la naissance et l’essor du capitalisme et de la Révolution industrielle sont essentiellement dus à l’éthique protestante qui se résume en deux mots : « gratification différée », cette capacité d’investir (de travailler, de se sacrifier) maintenant pour un futur meilleur même si incertain.

Mais comme le faisait remarquer quelqu’un, « il ne reste plus guère de Calvinistes de nos jours, et l’esprit de notre époque serait mieux reflété en changeant un seul mot : “gratification immédiate“. »

Tant que nous ne modifierons pas cet « air du temps » qui privilégie l’individuel et l’immédiat, les défis collectifs et urgents que nous devons affronter n’ont guère de chance d’être relevés avec succès! Le combat que nous avons à mener est non seulement climatique, mais d’abord et avant tout culturel et politique. Pour pouvoir réduire le CO2 avec succès, il nous faudra d’abord changer notre « façon de penser » et de voir le monde. Et réintroduire dans nos vies actuelles la présence du futur.

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4 réponses

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  1. azamat bagatov 18 janvier 2014 à 20 h 22 | | Répondre

    Il semble que le capitalisme est en constante opposition avec des idées comme la décroissance et la guerre aux changements climatiques. Si le jeu représente la société capitaliste, évidemment qu’il sacrifier l’environnement pour gagner: il ne reste qu’à changer le jeu lui-même.

  2. Pascal Grenier 16 janvier 2014 à 16 h 12 | | Répondre

    Merci Dominique pour ce texte intéressant.
    Il est un peu décourageant de faire le constat que les gens, en grande majorité, ne veulent rien sacrifier au présent pour un bien être futur pour eux et encore moins pour leurs descendants.
    Si on veut livrer un message qui porte, il faut donc toucher le bien être des gens dans l’immédiat. Le facteur le plus significatif relié au bien être et à la consommation, est le stress associé à l’endettement. Ce stress, qui souvent empoisonne la vie de couple, fait payer le prix fort à ceux qui répondent aux appels de la publicité et au supposé bonheur promis par la consommation.
    Quel bonheur, en effet, de vivre sobrement et de ne pas craindre les fins de mois. Pour ceux qui ont connu les affres de l’endettement, la sérénité financière n’a pas de prix.
    En tant que simplicitaire, c’est le plus beau message que l’on peut livrer à nos compatriotes et qui peut être porteur pour engendrer des comportements plus responsables écologiquement.
    Pascal Grenier, simplicitaire

  3. Lise Gauvreau 16 janvier 2014 à 14 h 39 | | Répondre

    Dans son livre « Le sel de la terre -Confessions d’un enfant de la classe moyenne » Samuel Archibald nous rappelle les efforts consentis par nos parents ou nos grands-parents (selon l’âge que nous avons) afin de donner à leurs enfants la possibilité de s’instruire et d’améliorer leur qualité de vie. Grâce à leur foi dans le futur, nombre d’entre nous ont eu accès à des études jusque là réservés à l’élite.
    Dommage que nous n’ayons pas conservé cette attitude. Aujourd’hui, nous nous soucierions bien davantage du monde que nous laissons à celles et ceux qui nous suivent.

  4. marc guy 16 janvier 2014 à 13 h 32 | | Répondre

    Le BITCOIN est peut etre la solution: une monnaie électronique qui est le vrai usage d’une monnaie, c’est-à-dire un outil d’echange de persone a persone libéré des banque et du gouvernement. C’est une monnaie qu’il est plus intérressant de ne pas dépenser avant de l’avoir car elle est déflationiste.
    L’inflation, qui est créée par l’État et les banques centrales, est le plus grand stimulant à l’achat à crédit: elle vous permet de payer plus tard avec une monnaie d’évaluée.

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

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