L’excellence: ce qui s’y cache

Nous accueillons aujourd’hui une nouvelle collaboratrice au Carnet des simplicitaires. Christine Lemaire est membre de longue date du Réseau québécois pour la simplicité volontaire. Elle s’intéresse, depuis longtemps, à la question du temps dans nos vies et elle a déjà publié deux livres à ce sujet: « À contretemps, Gérer moins, vivre mieux » (Fides, 2011) et « La surchauffe de nos agendas, Vivre le temps autrement » (Fides, 2013). Christine tient aussi un blogue régulier, Vivre le temps… autrement! depuis septembre 2011. Bienvenue Christine!

excellenceDans mon plus récent livre, La surchauffe de nos agendas, je propose d’adopter trois attitudes qui permettent de voir et de vivre le temps autrement : l’autonomie, l’apprivoisement de la limite et la bienveillance.  J’ai déjà parlé de l’importance de développer son autonomie, de même que de celle de la bienveillance.

Mais aujourd’hui, c’est de la notion de limite que j’aimerais parler.

Pour ce faire, je voudrais étudier avec vous ce mot : excellence. Dans quelques semaines, nous vivrons un véritable festival de l’excellence : les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi. Mis à part le mot performance, il n’y en aura pas beaucoup d’autres qui seront plus célébrés que celui-là.

L’excellence est un mot lourd de sens et d’images. Je vous propose donc de le « déconstruire », afin de voir si toutes ses composantes sont nécessaires.

L’ excellence contient d’abord l’idée d’un « haut niveau de perfection ». C’est du moins ce que nous dit le dictionnaire. Et c’est sans doute pour exprimer cela qu’il a été inventé. C’est son essence.

Notez qu’on ne dit pas « toujours plus haut ». Le dictionnaire ne dit pas qu’il s’agit d’un processus infini. De fait, nous pourrions tout à fait, selon cette définition,  nous maintenir à ce haut niveau.

Inspiré par les jeux olympiques et bien d’autres images encore, qu’est-ce que cache ce toujours plus haut? Il cache l’idée de croissance.

Mais pourquoi croître? Parce qu’il ne faut pas se faire dépasser par d’autres, puisque cela équivaudrait à n’être plus au plus haut niveau. Pourtant, selon la définition déjà donnée, rien ne nous empêcherait de nous dire à un haut niveau, même si d’autres se placent au-dessus nous. Qu’est-ce qui nous empêche alors de le croire?  Un troisième mot : compétition.  Et nous voilà à nous dire que ce haut niveau doive constamment être dépassé afin que personne ne nous rattrape.

C’est la croissance aiguillonnée par la compétition qui nous dicte que cela n’a pas de fin, qu’il faille grimper, encore et encore, que nos limites doivent être à jamais enfreintes, si nous voulons nous conformer à cette image de l’athlète olympique qui est toujours à battre des records du monde.

Serait-il possible de reconstruire l’excellence en laissant la croissance et la compétition sur la table? Qu’adviendrait-il alors du souffle, de l’élan vital qui nous lancent « en avant » et nous permettent de devenir de meilleures personnes? Notre vie sans la croissance se trouverait-elle automatiquement privée de sens?

C’est ici que la jardinière temporelle arrive à la rescousse. Grâce à elle, l’excellence n’a plus besoin de la croissance, ni de la compétition pour nous porter, nous stimuler, nous enthousiasmer.

La limite a mauvaise presse dans la modernité. Il est temps de se réconcilier avec elle, il est temps de la réhabiliter. Il est temps de se remettre à choisir.

Et à ce chapitre, me semble-t-il, les images que je propose peuvent nous aider à vivre le temps autrement (voir les pages 65 à 73 de La surchauffe de nos agendas).

Des commentaires intéressants ont déjà été publiés sur ce texte, écrit en octobre 2013. Vous êtes bien sûr invitéEs à y ajouter les vôtres ci-dessous!

Article écrit par

3 réponses

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  1. Dominique Boisvert 5 février 2014 à 12 h 01 | | Répondre

    Je n’ai pu m’empêcher de relire, en cette veille des Jeux Olympique d’hiver 2014, l’un des premiers textes que je publiais dans le Carnet des simplicitaires il y a maintenant quatre ans et qui portait sur les JO d’hiver 2010 à Vancouver, de même qu’avec leur rapport à l’excellence (http://carnet.simplicitevolontaire.org/2010/03/jeux-olympiques-et-sv/)! Toujours d’actualité!

  2. spitz Catherine 15 janvier 2014 à 4 h 46 | | Répondre

    Bravo pour cette claire voyance, merci beaucoup pour cet article pertinent qui par excellence déconstruit l’excellence,
    Il ouvre sur la réflexion du rapport avec le temps, sur les incitations à le remplir dans le but d’un toujours plus et d’un jamais assez.
    A y regarder de plus près, en toute bonne conscience, cela ressemble à un vide caché que notre civilisation masque par une consumérisation à outrance, enivrante.
    L’histoire de la toupie qui ne peut ni ne veut s’arrêter sous peine de tomber.
    Un travail de longue haleine sur la déconstruction et la reconstruction comportementale.
    Bien cordialement vôtre et meilleurs vœux 2014 à toute votre équipe.

  3. Fanny Héraud 9 janvier 2014 à 14 h 21 | | Répondre

    Quel excellent (!) article sur l’excellence… 🙂

    C’est un réel plaisir, Christine, de te lire ici et de savoir que tu t’ajoutes à cette belle équipe!

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

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