Reconstruire notre monde

Journal d’un vieux simplicitaire – 2

J’aurai bientôt 80 ans. C’est donc avec un certain recul que je vois aller notre monde. Et je suis inquiet; pas pour moi, je tirerai ma révérence d’ici à quelques années; mais pour l’humanité en général. Car il est évident que nous nous acheminons vers la catastrophe, avec le réchauffement climatique et les perturbations atmosphériques qui en découlent, avec l’incessante croissance des inégalités entre les humains, avec la diminution de l’accès à l’eau potable, avec la raréfaction des terres cultivables… Les humains n’ont pas compris qu’ils sont des éléments d’un écosystème dans lequel ils ont une place bien définie, ils se sont octroyé le rôle de chefs et ils veulent dominer cette nature dont ils n’ont qu’une connaissance bien sommaire.

Toute ma vie, j’ai travaillé à changer ce monde, humblement, là où mes actions avaient des chances d’avoir un effet. En quelques occasions, cela a pu aider. Mais globalement si peu! Et quand je regarde où nous en sommes, j’ai parfois tendance à me décourager; mais en même temps, je vois bien que je ne suis pas seul à m’inquiéter, que partout dans le monde, il y a des gens qui sonnent l’alarme, qui se retroussent les manches et qui commencent à agir, quand ils ne l’ont pas déjà fait depuis longtemps.

Nous, les humains, sommes foncièrement conservateurs; pourquoi changer quand nous nous trouvons bien? Dans nos pays occidentaux, la majorité des gens a accès à un niveau de vie satisfaisant. Que cela repose sur un système mondial d’exploitation de populations entières, que l’équilibre écologique soit sur le point d’être rompu, cela importe peu. Aujourd’hui, nous nous sentons bien et voulons continuer ainsi. Qu’à la marge, une minorité d’entre nous vive dans la misère; qu’il faille mener des guerres un peu partout pour continuer à édifier notre richesse; que les limites physiques de la vie sur Terre commencent à être dépassées, rien de cela ne semble inquiéter la majorité. Nous trouverons bien les moyens d’aller de l’avant et de poursuivre dans notre vorace consommation. Nos technologies de pointe nous permettront de solutionner la plupart de nos problèmes, et nous construirons des murailles encore plus élevées pour protéger nos frontières.

Parfois donc, j’aurais tendance à me décourager. Il me semble tellement clair qu’il est urgent d’agir, que la situation requiert un changement de paradigme et non simplement quelques modifications technologiques du genre passage à l’auto électrique. Pourquoi cette apathie? Nous sommes pourtant des millions à être conscients qu’on ne peut continuer ainsi. Mais de l’autre côté, du bord de ceux qui tirent les plus grands avantages du système actuel, on dispose de tellement de moyens pour le maintien du statu quo : des lobbyistes qui amènent les gouvernements à prendre les décisions qui sont favorables aux entreprises, des ressources publicitaires surabondantes qui convainquent de la ‘belle vie’ que nous menons, des forces répressives qui voient à ‘modérer’ les organisations trop contestataires…

Mais en même temps, je me dis que la crise qui vient sera peut-être une occasion pour commencer les changements qui s’imposent. Certes les plus faibles seront les premiers touchés par cette crise. Mais… ne le sont-ils pas déjà? Il y a sur Terre des millions de personnes qui déjà ont dû se déplacer à cause des bouleversements climatiques, des millions d’autres qui doivent fuir la guerre, et que dire de tous ceux-là qui malgré tous leurs efforts n’arrivent même pas à manger à leur faim. Tout cela est bien connu et rien ne bouge; il semble qu’il nous faille être directement touchés pour décider d’agir. Et très bientôt, nous devrons agir. Pourquoi ne pas en profiter pour faire mieux? Beaucoup des mesures préconisées vont dans le sens de la protection du système actuel; mais reconnaissons que celui-ci est loin d’être idéal. Nous devons reconstruire notre monde pour qu’il soit possible à chacun de s’y épanouir et de mener une vie qui a du sens, notamment en trouvant les moyens de s’intégrer à l’environnement au lieu de le dominer.

Crédit photo Klaus Post – freeimages.com

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