La cathédrale engloutie

Au fond de moi, je sens qu’un édifice s’enfonce. Un édifice qui a soutenu toutes mes actions depuis ma naissance en novembre 1944. Je sens s’effondrer les sermons du dimanche où l’on nous répétait sans cesse : Aimez-vous les uns les autres!

Comme bien des gens, j’ai abandonné la fréquentation hebdomadaire de l’église paroissiale depuis des dizaines d’années. Et aujourd’hui, il n’y a même plus l’angélus pour nous rappeler la charité qui dépasse tout. Je vis sur des réserves.

Quand on parle de religions, c’est pour montrer leurs exactions : scandale des abuseurs, fondamentalisme religieux. Il faut dénoncer ça, bien sûr! Mais, quand je lis les journaux, j’ai mal à mon pays qui n’a plus de structures autour de lui pour lui rappeler  Aimez-vous les uns les autres.

Quelque chose s’écroule en moi, en ces temps de spéculation financière, d’abris fiscaux, de compagnies minières effrontées, de Monsanto qui nous empoisonne. Nous les laissons faire. L’État est amoral et donc ne se sent pas concerné quand il se produit du mal. Pour l’État, le mal, c’est uniquement ce qui est illégal (et encore!). Quelques sorties verbales pour parler d’éthique. Mais l’éthique, c’est bien froid.

Notre-Dame-de-Paris a brûlé. Familles et institutions notables ont promis des millions d’Euros pour aider à sa réparation. Malgré moi, je me pose ces deux questions: Ce trésor artistique et historique vaut-il plus que les cris d’un enfant qui se meurt de dysenterie en Afrique? Si les Français sont comme nous et fréquentent de moins en moins leurs églises qu’autrefois, ne devraient-ils pas d’abord ouvrir leur portefeuille afin de reconstruire la cathédrale de Port-au-Prince pour les si croyants et pratiquants Haïtiens?

Rendue à l’âge de la retraite, je continue à me battre pour une société plus communautaire, plus généreuse et égalitaire. Et ressens la paix du cœur à garder ce cap.

Mais notre société a besoin de plus que le discours froid de l’éthique.

Crédit photo : Pixabay

Article écrit par

Une réponse

Page 1 sur 1
  1. François Champoux 25 avril 2019 à 19 h 42 | | Répondre

    Merci Mme Gariépy d’avoir osé écrire ce texte. Malgré notre sain abandon de la religion catholique et autres sectes, il y a encore des bonnes gens pour y engloutir milliards et milliards afin de maintenir la construction et le dieu argent (touristique) bien en vie.

    Je me demandais justement si nous reconstruirions nos immenses cathédrales ici même au Québec si un désastre arrivait; imaginons Sainte-Anne de Beauprés? Pour moi ce serait un « Non », mais je pense qu’à cause de l’industrie touristique, elle serait reconstruite.

    Le dieu argent est tellement puissant et les politiques tellement empoisonnés par les lobbies, une excellente machine « marketing » serait mise à contribution pour nous soutirer l’aumône nécessaire et les contributions fiscales en deniers publics pour « faire virer l’économie » afin de nous pourvoir d’une autre cathédrale grandiloquente et vide.

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

Laisser un commentaire