Les Caisses Desjardins : encore des coopératives ?

Les Caisses Desjardins respectent-elles aujourd’hui l’esprit dans lequel elles ont été créées ? Sont-elles encore de vraies coopératives ?  François Champoux en doute, dans ce texte qu’il adresse à l’Assemblée générale annuelle de sa caisse.


Dirigeantes et dirigeants, membres de la Caisse, permettez ma prise de parole : en toute humilité, je la considère importante. Merci de m’écouter. Mon nom est François Champoux.

Depuis l’instauration en 2010 des règlements 4.6 (qui nous commande une saine conduite) et 4.7 (qui nous menace d’exclusion), cinq Caisses Desjardins m’ont exclu sans juste raison !

J’ai dénoncé le « virage vente néolibérale capitaliste » de Claude Béland, ainsi que l’ensemble des pratiques anti-coopératives instaurées dans toutes les Caisses depuis 25 ans.

Aujourd’hui, nos dirigeants ne dirigent plus; ils exécutent les normes imposées par Lévis-Montréal, celles édictées par ce président que les journalistes appellent « Le grand patron », lui-même au service des agences de notations américaines et européennes, contraint est-il par la signature des accords de Bâle en Suisse. Je n’invente rien : c’est Mme Leroux qui l’a confirmé il y a 3 ans par l’entremise de Claude Béland à l’émission « Desautels le dimanche » de Radio-Canada.

L’AGA que nous avons cru « Souveraine » a été graduellement dépouillée de tout pouvoir au cours des dernières années : c’est l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui nous l’a confirmé en 2014. Jamais Claude Béland, ni aucun autre président, n’avaient eu l’honnêteté de confirmer cette usurpation du pouvoir des sociétaires par leur AGA.

Membres de plein droit ici réunis ce soir à cette AGA, votre pouvoir décisionnel n’est qu’une pure mascarade légaliste; les vrais décideurs sont ailleurs, et ils ne sont même pas membres de Desjardins!

C’est le Conseil d’administration qui détient tous les pouvoirs, et celui-ci obéit au doigt et à l’œil à Lévis-Montréal, qui obéit lui-même au doigt et à l’œil aux agences internationales.

L’AMF soutenait il y a 5 ans que le Conseil de Surveillance jouait un rôle de gardien des intérêts des membres, et qu’en cela, l’AGA qui l’élisait assurait la souveraineté des membres. Mais voilà?; Desjardins, avec la complicité du gouvernement du Québec, vient d’abolir le Conseil de Surveillance élu. Il n’y a donc plus aucune Souveraineté des membres : le C.A. peut décider seul de tout au nom de la souveraineté du Mouvement et sa rentabilité sur les sociétaires, exactement comme le voulait Claude Béland il y a 20 ans. La preuve de tout ça : qui parmi les sociétaires ont voté pour la disparition du Conseil de surveillance en 2018 ? Personne ! Sauf le C.A. dominé par Lévis-Montréal. Et notre Conseil de surveillance est bel et bien disparu.

Quand on ne peut plus exercer une critique sans risquer l’exclusion, nous ne sommes plus en coopération. Les dérives néolibérales, capitalistes et dictatoriales du Mouvement Desjardins ne se comptent plus.

En AGA, nous sommes sous menace d’exclusion arbitraire par les articles 4.6 et 4.7. « L’exclusion est une violence », nous rappelle le philosophe Paul Ricœur. Et je vous confirme que c’est vrai ! La belle œuvre de Dorimène et Alphonse Desjardins s’écroule comme un château de cartes !

Mes questions :

  1. Sommes-nous toujours en gestion coopérative ? Si OUI, je vous demande poliment pour la Xième fois d’abroger complètement 4.6 et 4.7, car ils sont une honte à la coopération.
  2. Si NON, quand allez-vous honnêtement confirmer que Desjardins n’est plus une coopérative au service des sociétaires de leur Caisse ?

La colère des sociétaires partout en province est plus que jamais légitime. La direction de l’AREQ (Association des Retraité [E] s de l’Enseignement du Québec) déclarait, l’été dernier, avoir honte des dirigeants du Mouvement Desjardins pour la fermeture des infrastructures partout en province.

J’aimerais consoler les membres de l’AREQ en les informant que Desjardins est venu annoncer l’automne dernier à Shawinigan, l’ouverture prochaine d’un bureau satellite spécialisé en technologie de l’information : un investissement de 25 millions $ sur 5 ans pour le centre entrepreneurial (les entreprises) de Shawinigan. En 2013, les membres des Caisses avaient payé, la somme de 250 000 $ à la ville pour qu’on appelle ce centre des entreprises « Alphonse Desjardins ». Le maire Angers ne tarissait plus d’éloges envers Desjardins, affirmant que « C’est à force de pelleter des nuages qu’on finit par voir briller le soleil » !

Au nom de la rentabilité, de la productivité, de la profitabilité, de la visibilité, la direction du Mouvement Desjardins parle d’un soutien à la croissance accélérée des entreprises, un langage digne des capitalistes les plus enragés de la planète, ceux-là mêmes qui l’ont exploitée et la détruisent depuis plus de 250 ans. La croissance économique industrielle capitaliste est la principale cause du réchauffement planétaire, et Desjardins se dit heureux d’en accélérer la vitesse !

Dans le même but, le président Cormier est venu lui-même en octobre à Trois-Rivières saupoudrer 600 000 $ au Cégep et à Innovation Développement Économique (IDE) pour, dit-il, bonifier l’accompagnement des entrepreneures et la zone entrepreneuriale de ces institutions via « Gazelles International Coaches ». Pour votre information, « Gazelles International Coaches » s’inspire des habitudes Rockefeller, nous dit sa publicité ! Si Dorimène et Alphonse Desjardins s’étaient inspirés de Rockefeller, ils n’auraient certes pas fondé bénévolement une coopérative financière ; ils auraient créé une « BANK » et ils seraient milliardaires aujourd’hui. Non, M. Cormier n’a pas pigé dans sa prime au rendement personnel de 867 261 $ que nous lui avons payée en 2017 pour le CÉGEP et IDE de Trois-Rivières ! Oui, «le grand patron» de Desjardins, comme l’appellent les journalistes, est un fier partenaire du réchauffement climatique et destructeur de l’environnement planétaire.

Que reste-t-il pour les membres ? Eh bien, si vous payez avec votre carte Débit Desjardins, vous obtiendrez 25 % de rabais chez l’Étoile Polaire pour votre cornet de crème glacée molle trempée dans le chocolat !

Et la cerise sur le « sundae » : grâce à Mme Leïla Chekir, une investisseuse chez Desjardins, tout le monde sait maintenant que le Mouvement investit dans le pétrole via son fonds VERT « SociéTerre » ! Desjardins appelle ça de l’investissement responsable ! Sans la curiosité de Mme Chekir, nous n’en aurions rien su !

C’est plutôt gênant d’être sociétaire Desjardins en 2018 quand on est conscient des causes du réchauffement planétaire ; depuis 30 ans, notre fierté pâlie d’année en année.

Mes questions :

  1. Dirigeantes, dirigeants, saviez-vous que Desjardins investit dans le pétrole par l’entremise de son fonds VERT « SociéTerre » ?
  2. Dirigeantes, Dirigeants, n’est-ce pas gênant pour vous aussi, et totalement indignes de vos fonctions (et de votre salaire immodéré que nous vous payons depuis 2005), de voir autant de nos trop-perçus, ristournés sans notre consentement à des entreprises parasites pour détruire la planète ? N’est-ce pas là une forme de pillage des membres au profit des non-membres ?

Savez-vous avec combien doit composer une personne vivant seule sur l’aide sociale : 797 $ par mois; c’est 53 % du seuil officiel de pauvreté au Canada. Savez-vous combien la Caisse a ristourné en 2018 sur les frais d’utilisation d’un compte ÉOP ? Zéro : pas un sou !

Dirigeantes, Dirigeants, je vous demande de réagir, car c’est franchement indécent et disgracieux de nous manquer autant de respect avec notre argent durement gagné.

Le Mouvement Desjardins doit

• entreprendre un examen de conscience majeur sur sa philosophie de gestion néolibérale capitaliste,

• revenir à la philosophie de gestion coopérative et à l’esprit de coopération des fondateurs,

• et cesser l’exploitation éhontée des sociétaires au bénéfice des gouvernements et des entreprises capitalistes. Vous n’êtes pas une entreprise philanthropique au service des gouvernements du Québec.

C’est un déshonneur affligeant et humiliant de nous traiter comme des petits enfants à qui l’on offre des gâteries « à rabais » pour nous faire taire, et que l’on menace d’exclusion si l’on ose critiquer.

Si Desjardins est toujours une coopérative qui appartient à ses sociétaires, nous vous demandons de la diriger avec sérieux et dignité telle qu’elle doit l’être. Arrêtez de jouer au Père Noël avec notre argent ; ce n’est pas votre rôle ; c’est la planète qui le demande. Je le répète puisqu’il le faut : vous n’êtes pas le gouvernement des Québécois, ni la banque du gouvernement, ni les sauveurs du monde entier. Vous êtes une coopérative financière au service de ses membres.

Je vous prie donc :

D’arrêter vos inutiles publicités, vos dons démentiels intéressés aux entreprises avant les ristournes aux membres, et modérer la construction de vos palaces : c’est là purs gaspillages capitalistes.

De pensez ÉDUCATION au COOPÉRATISME, et respect de l’humanité et de l’environnement.

• De remettre aux sociétaires ce qui leur revient de droit. Donnez-leur toutes les ristournes qui sont leur propriété, et laissez-les décider ce qu’ils en feront.

• Et surtout, d’arrêter de ne penser qu’en termes de profitabilité et de visibilité : pensez coopération envers les membres et non exploitation de ceux-ci.

Merci de votre écoute
François Champoux, Trois-Rivières

Une réponse

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  1. François Champoux 1 février 2019 à 7 h 17 | | Répondre

    Bonjour,

    J’ajouterais cette citation lue dernièrement:

    «?Les abeilles cesseraient de travailler si elles lisaient des articles où elles apprendraient qu’on leur soustraira leur miel et qu’elles seront tuées en récompense de leur travail. L’homme va toujours…?»

    Ernest Renan (1823 – 1892) dans
    «?Carnet d’un biologiste?» de Jean Rostand,
    Librairie STOCK, 1959, page 70

    Lisez sur mon blogue: « Mouvement Desjardins: l’AREQ se prononce, 20 juin 2018 »

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

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