Élections et simplicité volontaire: sommes-nous vraiment une minorité?

5 septembre 2012. 8 :45am. Lendemain d’élections au Québec. Encore une fois, j’ai perdu. J’ai voté pour Québec solidaire, le parti le plus proche d’une véritable alternative sociale: justice distributive, égalité hommes et femmes, respect de l’environnement (simplicité volontaire comprise?). Il est vrai que Françoise David a accédé à la députation mais pas Andres Fontecilla, le candidat de ma circonscription.

(Éric Godin, 1994)

Québec solidaire reste le parti d’une minorité. La simplicité volontaire est aussi l’affaire d’une minorité.

Je suis à mon poste : celui d’une retraitée qui a décidé de s’investir corps et âme pour faire advenir la simplicité volontaire. Je suis à mon poste et je me questionne : Comment se fait-il que ce qui me semble, à moi, essentiel et clair comme de l’eau de roche, ne fasse pas l’unanimité? Comment se fait-il que je perde toujours mes élections? Comment se fait-il que je sois tout le temps minoritaire? Parce que je serais du côté des « bons » et les autres, (libéraux, caquistes, péquistes), ces « battants » qui travaillent fort et qui, eux, savent faire « fonctionner » l’économie, du côté  des « méchants »? Ou parce que je serais de ceux et celles qui ne comprennent jamais rien, de ces idéalistes incapables de s’arrimer avec le réel? Je refuse de voir les choses ainsi.

Plus je vieillis, plus je suis encline à croire qu’il n’y a pas d’un côté les bons simplicitaires et d’un autre, les méchants néolibéraux de droite et de gauche, à genoux devant la société d’hyperconsommation. C’est plus complexe que cela en a l’air. En chaque personne, il y sans doute un simplicitaire qui, quotidiennement, se sert de son jugement avant de faire des achats et qui oriente sa vie sur des valeurs de respect et d’équité. Et d’autre part, en chaque simplicitaire autoproclamé, il y a un consommateur embrouillé quant à ses besoins essentiels et ses désirs insatiables.

Bref, au lendemain de ces élections où j’ai encore perdu, je me retrouve à mon poste à tenter de faire progresser l’idée d’une société de simplicité volontaire et finalement, à bien y penser, je ne suis pas si minoritaire que ça. En plus des deux cents et quelques membres en règle du RQSV, il y a, ici, cinq millions de Québécois-Es, enchevêtréEs dans leurs désirs et leurs besoins de tous les jours et qui aimeraient bien se dire parfaitement « simplicitaires ».

Le lendemain du débat des chefs où, de l’avis de tous, Françoise David avait performé, ça m’a frappée que personne, parmi les analystes, n’a su commenter le contenu sur la plateforme qu’elle défendait. « On t’admire, Françoise, t’as été performante dans ta prestation télédiffusée, mais ok, on ne parlera pas de souveraineté, d’égalité et d’environnement?» Cet « oubli » se produit souvent. Ces temps-ci, je lis sur Gandhi. Tout le monde aime Gandhi. Mais là encore, je crois que s’il vivait encore, on lui dirait : « On t’admire, Mahatma Gandhi, mais, ok on ne parlera pas trop de vie frugale et de non-violence active? » Et pourtant, tout ce que l’on pourrait encore tirer de ses enseignements et de sa gouverne : de cultiver la vérité, de vivre simplement, de refuser parfois sa coopération à l’État, d’encourager la production et les achats de biens faits localement. « Nos ancêtres parvenaient à se vêtir avec confort, sans difficulté et sans l’obligation d’acheter leurs tissus sur les marchés étrangers ».

Il me semble qu’il est aussi nécessaire de faire connaître la pensée de Gandhi qui n’a pas vieilli d’un iota que de faire connaître le programme de Québec solidaire. Et dans le contexte d’une société qui fonce dans un mur à force de vouloir toujours produire et consommer des biens, il me semble nécessaire de joindre le réseau des créatifs culturels, ces minoritaires alternatifs dont le réseau informel se gonfle toujours jusqu’à changer bientôt toute notre culture occidentale.

Si l’on me faisait la démonstration que je perds royalement mon temps à approfondir avec vous ce qu’est la simplicité volontaire, oui, je m’investirais ailleurs. Il manque toujours de bénévoles pour aider les aveugles à traverser les rues.

Mais on ne m’a pas encore fait cette démonstration. Je reste.

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2 réponses

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  1. Fanny Héraud 8 septembre 2012 à 22 h 36 | | Répondre

    Merci Diane, c’est toujours un plaisir de te lire! Et contente de te savoir toujours à bord… Déjà, je me sens moins seule! 🙂

  2. Yan Fortin 7 septembre 2012 à 16 h 02 | | Répondre

    Nous avons du chemin à faire pour changer une culture dominante… ça ne se fera pas du jour au lendemain.

    Sans être anarchiste, si la tendance se maintient, je crois que ça prendra quelque chose de drastique et majeur pour changer notre culture de consommation occidentalisé: un effondrement sociétale, l’histoire qui DEVRA se répéter comme d’autres civilisations se sont effondrées dans le passé et dans l’histoire. Il y a pleins d’exemples…

    On ne peut transformer notre société en utilisant le même niveau de conscience qu’il l’a créé, c’est ce qu’on essaie de faire sans grand succès. Comme on dit, on ne peut transformer la politique avec d’autre politique.

    Il faut également explorer et comprendre la mécanique de création et de gestion de l’argent, connaître l’histoire du système bancaire d’aujourd’hui (réserve fractionnelle, monnaie reconnue par décret, monnaie qui est un code informatique Cobol, etc.) et le questionner, qui gère ce système, qui l’a conçu, ça vient de ou et pourquoi.
    Croyez-moi, le trou du lapin est très profond mais malheureusement notre conscience collective n’est pas encore prêt à connaître certaines vérités fondamentales et les secrets du système, qui ne sont plus secrets lorsqu’on arrive à fouiller à la bonne place…

    Il faut revoir de fond en comble la notion de PIB/PNB et ses mesures, etc. Tant que nous n’attaquerons pas ces systèmes dans leur conception, nous n’aurons pas d’autre choix que d’être condamné à le maintenir parce qu’on n’en comprend pas sa mécanique…

S.v.p. commenter sous votre vrai nom.

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