Nos faims insatiables: un roman

La Faim, roman de Miriana Bobitch, éditions L’Âge d’Homme, 2012

C’est un peu à l’aveugle que j’ai décidé d’emprunter ce livre à la bibliothèque de Côte-des-Neiges (j’adore faire des découvertes). Mais sur la 4eme de couverture, j’avais quand même été fascinée par le thème :

« La Faim est un roman sur l’argent, l’envie, la soif du pouvoir, l’amour, le sexe, c’est le roman de toutes nos faims, de nos regrets et de nos hontes, de l’ascension et de la chute, le roman d’un Gatsby serbe, amer et déçu par sa ville natale, Belgrade, qui, pourtant, l’accueillant à nouveau comme le fils prodigue qu’il est devenu, le rendra meilleur et fera de lui un homme. »

Et le fait qu’on ajoute que l’auteur, Miriana Bobitch, soit l’écrivain le plus populaire en Serbie a ajouté à mon intérêt.

Habituée à lire des auteurs traitant de leur cheminement en simplicité volontaire, j’ai apprécié que l’on me conduise en un chemin tout autre: un jeune issu d’un quartier populaire qui aspire à posséder toujours plus et plus, qui y met toutes ses énergies et…saura le regretter au jour! S’enrichir toujours plus, même pas pour jouir des biens procurés mais pour le pouvoir. Juste pour le pouvoir de l’argent. Pour enfin pouvoir regarder son entourage de haut. De l’autre point de vue.

L’auteur présente très bien la douleur initiale : être né dans une famille démunie à tous points de vue et s’être heurté, très jeune, à l’attitude suffisante, hautaine, cruelle, de certains copains de milieux plus aisés. De là cette « faim » : passer de la pauvreté à la consommation compulsive de haut niveau pour chasser le sentiment initial d’infériorité sociale.

Avant la lecture de ce roman, je n’avais jamais autant lu de listes de biens de luxe, ma culture, en ce domaine, ne dépassant pas le catalogue Sears de mon enfance et celui de IKEA quelques décennies plus tard. Des vêtements signés, des marques d’automobiles, des noms de plats raffinés, et s’y ajoutent des « ressources » humaines : serviteurs, chauffeurs, secrétaires, comptables, escortes,etc. Un roman rempli d’énumérations qui étourdissent. Un véritable capharnaüm d’instruments visant le « Mas-tu vu? ».

Un petit bémol. J’aime bien quand les romans se rapprochent de la réalité. Miriana Bobitch a peut-être exagéré. Le héros est décrit à grands traits, avec des couleurs franches et sans nuance. J’aurais aimé qu’il en soit autrement. La vie me semble présenter des personnes plus complexes, tiraillées, contradictoires. Et c’est  pour cela qu’elles sont intéressantes justement!

Un roman, ça reste un roman et c’est divertissant. Mais qu’est-ce que l’on peut retirer d’autre de la lecture de La Faim? On apprend à comprendre un peu plus les milieux défavorisés, l’indignation qu’ils éprouvent au quotidien de la vie et le goût de s’enrichir qui les guette. Également, on nous rappelle que des multimillionnaires qui brûlent les ressources de la planète au-delà des capacités de notre imagination, ça existe vraiment.

À l’heure où le capitalisme est déployé jusqu’à l’extrême et où la classe moyenne fond aussi vite que la calotte glaciaire, riches et pauvres se retrouvant face à face dans le duel « Vivre ou Mourir ».

Cette situation n’est bonne pour personne. Un autre ouvrage nous explique tout cela de façon très convaincante: The Spirit Level: Why More Equal Societies Almost Always Do Better, de Richard G. Wilkinson et Kate Pickett. Un livre à lire! Et qui sera bientôt traduit aux Éditions Ecosociété.

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